La lune sous le caniveau

•octobre 15, 2009 • Laisser un commentaire

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J’ai l’impression de vivre une mort.
Je n’ai plus de centre. Je fuis. Chaque jour, je prends la forme d’un départ. Il n’y a pas de préparatifs à faire. Je décide seulement. Je me lève de l’endroit où je me trouve, je traverse la rue emplie de pourriture et désertée de morale. Vendeurs de mort attendant les avides de rêves, femmes évoluant et s’offrant à des hommes banals, drogue et alcool, seuls moyens d’avoir une trêve …
Je dois aller encore plus loin, le longs des murs gris, des eaux glauques, des palissades noircies. Des enfants aux pieds nus jouent avec des ordures, des navires de carton voguent dans les caniveaux. Les gamins, petits adultes, veulent être des durs, et jouent avec des couteaux, comme d’autres aux chevaux.
Sensation inexprimable, gluante, envahissement de viscosité. Je deviens soif, uniquement, totalement. Je retrouve ainsi d’une manière factice, un centre, une totalité. Je cours. Je crie. Je recherche la plus petite ombre. Je regarde au loin les hommes. Comment font-ils avec cette même soif ? Je voudrais qu’ils m’apprennent. Je crie.
Je dois commencer à me dessécher. Ma voix déjà ne porte plus … Ici pas de faux-semblants, un seul mot d’ordre, survivre … Peu à peu je n’ai plus devant les yeux, que des formes floues. Je tombe. Le cercle se referme. Je me débats encore. Tout devient grisaille. Je parle de moi-même.

30

” Le long du vieux faubourg, où pendent aux masures
Les persiennes, abri des secrètes luxures,
Quand le soleil cruel frappe à traits redoublés
Sur la ville et les champs, sur les toits et les blés,
Je vais m’exercer seul à ma fantasque escrime,
Flairant dans tous les coins les hasards de la rime,
Trébuchant sur les mots comme sur les pavés,
Heurtant parfois des vers depuis longtemps rêvés.

Ce père nourricier, ennemi des chloroses,
Eveille dans les champs les vers comme les roses ;
Il fait s’évaporer les soucis vers le ciel,
Et remplit les cerveaux et les ruches de miel.
C’est lui qui rajeunit les porteurs de béquilles
Et les rend gais et doux comme des jeunes filles,
Et commande aux moissons de croître et de mûrir
Dans le coeur immortel qui toujours vont fleurir !

Quand ainsi qu’un poète, il descend dans les villes,
Il ennoblit le sort des choses les plus viles,
Et s’introduit en roi, sans bruit et sans valets,
Dans tous les hôpitaux et dans tous les palais.”

Le soleil

Charles Baudelaire

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Le Café Hafa

•avril 28, 2009 • Laisser un commentaire

686

Surplombant la mer, quelques terrasses étroites reliées par des marches trop hautes, des tables en fer à la peinture écaillée, des chaises en plastique de supermarché …
Mais une vue sublime sur le détroit, la ville et son port …

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C’est dans ce café mythique que s’est construite en partie la légende de Tanger.
De Paul Bowles à Mohamed Choukri, de Jean Genet aux Beatles, tous les amoureux de l’âme tangéroise sont venus ici bavarder, écrire, peindre, boire le thé à la menthe ou fumer la chicha.
Il est des lieux que l’on sait habités, où l’on pressent que les vivants et les morts peuvent dialoguer en paix.

1103

Le Café Hafa est de ceux-là …
Souhaitons qu’on ne doive pas un jour en parler à l’imparfait : une étoile française de deuxième grandeur, comédienne et chanteuse, icône de la bien-pensance et porte drapeau du politiquement correct, n’a pas hésité à faire élever un mur de béton pour préserver des regards sa maison, mitoyenne du café.
Et tant pis pour la vue gâchée, tant pis pour le panorama amputé …
Les discours sur le respect des autres, c’est bon pour les dîners en ville, n’est-ce pas …

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Hafa lieu mythique, Hafa Café magique où les plus grands écrivains du monde sont venus au moins une fois, de Loti et T.B.J à Bowles et Choukri, de Beckett à Williams Burroughs, en passant par Truman Capote, Abdelwahab Meddeb, J.L. Nancy, Hemingway, Paul Morand et autre Jean Genet.
Hafa … Une fois encore la main du très ” regrettable ” Wali, qui vient de nous quitter, est passée par là … Catastrophique.

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Un mur sinistre, construit en dépit du bon sens et du bon goût, défigure ce cadre unique au monde, en balcon sur le détroit qui a enchanté des générations d’artistes, de Delacroix et Matisse à Winston Churchill et les Rolling Stones, divers qui sont allés un jour boire un thé et rêver au Café Hafa sur la falaise du Marshan.

1499

Pourquoi ce mur ?
Pour cacher quoi ?
Pour protéger qui ? …

Vous n’allez pas le croire, et pourtant c’est la stricte vérité, cet entassement de sinistres parpaings a été édifié pour préserver l’intimité du recordman mondial des tartes à la crème (reçues dans la figure), un personnage bien connu de la presse ” pipole ” (ex-café société) qui a réussi par son acharnement à créer la norme ” B.H.L. “, du collège royal des entarteurs de Belgique, une sympathique bande de potaches sur le retour qui, depuis quelques années, balancent des tartes à la crème dans la figure des fausses valeurs littéraires, artistiques et médiatiques.
La norme ” B.H.L. ” (bien honorablement lancée) est destinée à récompenser un lancer de tarte à la crème réussi : c’est-à-dire que la tarte doit atterrir sur la figure de l’entarté de face, la crème chantilly recouvrant au moins la racine des cheveux, son visage et son cou.
L’homme de l’autre côté du mur calamiteux a pris neuf tartes à la crème ” B.H.L. ” dans la figure, de cette façon.

Vous pouvez donc comprendre pourquoi ce personnage vit dans la terreur permanente d’une tarte atterrissant sur la figure, car une tarte ” B.H.L ” doit s’écraser sur l’entarté a l’improviste, de jour comme de nuit, de préférence bien sûr dans un lieu public bien fréquenté avec photographes si possibles …
D’où, si vous vous mettez dans la peau de cet entarté, la nécessité de ce mur très, mais vraiment très, très laid.

1404

Et pourtant l’art du lancer de tarte à la crème à Tanger, ça ne s’est jamais vu.
La crème chantilly ne fait pas partie de la gastronomie marocaine et la crema para monta espagnole est trop pasteurisée et n’a pas la consistance et la légèreté requise pour un lancer de qualité …

Alors pourquoi ce mur, l’entarté international qui compte séjourner de l’autre côté n’a rien à craindre ici …
Enfin presque, car si on y réfléchit à deux fois, il existe dans cette région bénie de ce pays merveilleux une spécialité locale, sorte de fromage blanc frais bien crémeux, d’environ vingt à vingt-cinq centimètres de diamètre, facile à transporter, efficace au lancer, remarquable à l’atterrissage, c’est un produit artisanal de qualité fabriqué à la main par les charmantes djebelia, celles aux grands chapeaux de taille tressée décorés de pompons, on l’appelle le fromage beldi.

A mon avis, avec un peu d’entraînement, ce délicieux fromage beldi pourrait avantageusement se mesurer à la tarte à la crème pour obtenir de nos amis les entarteurs belges la très fameuse norme ” B.H.L ” …
Et puis cela ferait marcher le petit commerce local …

De l’autre côté du mur.

993

Heureux qui comme Verlaine

•février 21, 2009 • Laisser un commentaire

12

Sonnent les cloches de Charleville
Habillées de sordides arabesques
Frissonnent les pins fragiles
De cette émouvante fresque

Passant ici furtivement
Aux pieds d’antiques encorbellements
Je m’égare aux songes blêmes
De ce gavroche au verbe d’énanthème

Tombant de Charybde en Scylla
Mon ombre s’écarta, et, non loin de là
S’exhibait le lieu de culte
Qui de ses rêves devint sépulcre

606

” De la musique avant toute chose
Et pour cela préfère l’Impair
Plus vague et plus soluble dans l’air
Sans rien en lui qui pèse ou qui pose

Il faut aussi que tu n’ailles point
Choisir tes mots sans quelque méprise
Rien de plus cher que la chanson grise
Où l’Indécis au Précis se joint

C’est des beaux yeux derrière des voiles
C’est le grand jour tremblant de midi
C’est, par un ciel d’automne attiédi
Le bleu fouillis des claires étoiles !

Car nous voulons la Nuance encore
Pas la couleur, rien que la nuance !
Oh ! la nuance seule fiance
Le rêve au rêve et la flûte au cor !

Fuis du plus loin la Pointe assassine
L’esprit cruel et le Rire impur
Qui font pleurer les yeux de l’Azur
Et tout cet ail de basse cuisine ! “

(Art Poétique)

- 1885 -

2341

Les quais et wagons, en illuminations excentriques
Imprégnés du parfum âcre des délires
Semblaient regorger de poèmes alchimiques
Dures élucubrations contre des mannequins de cire !

Eclats de rêves, éveils hallucinogènes ?
Les murs parlaient, ils hurlèrent
Dans un dernier sommeil en Ardennes
J’embrassais, pédéraste, Arthur R.

185

Les sages d’autrefois, qui valaient bien ceux-ci
Crurent, et c’est un point encore mal éclairci
Lire au ciel les bonheurs, ainsi que les désastres
Et que chaque âme était liée à l’un des astres.

(On a beaucoup raillé, sans penser que souvent
Le rire est ridicule autant que décevant
Cette explication du mystère nocturne)

Or ceux-là qui sont nés sous le signe Saturne
Fauve planète, chère aux nécromanciens
Ont entre tous, d’après les grimoires anciens
Bonne part de malheur et bonne part de bile

L’imagination, inquiète et débile
Vient rendre nul en eux l’effort de la raison

Dans leurs veines le sang, subtil comme un poison
Brûlant comme une lave, et rare, coule et roule
En grésillant leur triste idéal qui s’écroule

Tels les Saturniens doivent souffrir et tels
Mourir, – en admettant que nous soyons mortels, -
Leur plan de vie étant dessiné ligne à ligne
Par la logique d’une influence maligne

(Poèmes Saturniens)

54

” Votre âme est un paysage choisi
Que veut charmant masques et bergamasques
Jouant du luth et dansant et quasi
Tristes sous leurs déguisements fantasques

Tout en chantant sur le mode mineur
L’amour vainqueur et la vie opportune
Ils n’ont pas l’air de croire à leur bonheur
Et leur chanson se mêle au clair de lune

Au calme clair de lune triste et beau
Qui fait rêver les oiseaux dans les arbres
Et sangloter d’extase les jets d’eau
Les grands jets d’eau sveltes parmi les marbres “

(Clair de lune)

369

Verlaine ? Il est caché parmi l’herbe, Verlaine.

Oui, Verlaine est caché.

Caché par son modeste et orgueilleux thuriféraire qui lui avait succédé comme ” Prince des Poètes “, et qui, depuis, est devenu la figure de proue de ce que nous avons choisi de désigner comme notre modernité.

Caché dans l’ombre écrasante de Rimbaud pour qui il eut toutes les faiblesses – il aimait cela, la faiblesse – et dont il reconnu, avant tous, le génie.

Caché par les faits divers tapageurs, les violences, le coup de revolver de Bruxelles, la fée-absinthe, les prisons, les hôpitaux, les débauches crapuleuses, la triste maison de la rue Descartes.

Caché par la gloire anthologique, ” sanglots longs “, ciel ” par-dessus le toit “.

Caché par un ” art poétique ” dont il disait, en 1890, que ce n’était ” qu’une chanson, après tout “.

Caché par Debussy et par Fauré, qui font avec ses vers une musique autre et en prennent souvent à leur aise.

235

” Comme la voix d’un mort qui chanterait
Du fond de sa fosse
Maîtresse, entends monter vers ton retrait
Ma voix aigre et fausse

Ouvre ton âme et ton oreille au son
De ma mandoline :
Pour toi j’ai fait, pour toi, cette chanson
Cerulle et câline

Je chanterai tes yeux d’or et d’onyx
Purs de toutes ombres
Puis le Léthé de ton sein, puis le Styx
De tes cheveux sombres

Comme la voix d’un mort qui chanterait
Du fond de sa fosse
Maîtresse, entends monter vers ton retrait
Ma voix aigre et fausse

Puis je louerai beaucoup, comme il convient
Cette chair bénie
Dont le parfum opulent me revient
Les nuits d’insomnie

Et pour finir, je dirai le baiser
De ta lèvre rouge
Et ta douceur à me martyriser
- Mon Ange ! – ma Gouge !

Ouvre ton âme et ton oreille au son
De ma mandoline :
Pour toi j’ai fait, pour toi, cette chanson
Cruelle et câline “

(Sérénade)

650

L’univers poétique de Verlaine s’organise en fonction de cette structure binaire, faisant du présent un exil, et du jadis le lieu d’où nous sommes irrémédiablement bannis.

Dans la mesure même où le passé – passé de l’individu, passé des civilisations – est investi de tout ce que le poète érige en valeur, le présent sera nécessairement vidé de substance.

Intégration, aussi, de ce qui est plus visiblement le métier poétique.

Un poème comme ” Chanson d’automne ” doit autant à ses audaces rythmiques ou phoniques qu’à son lexique, d’être dans toutes les mémoires.

Plus magistral encore, plus sinueux, ” Soleils couchants ” invente une versification allusive, et comme en marge des usages.

Quatre mots se répètent à la rime, mélancolie, couchants, soleils, grèves.

A lui seul, le groupe ” soleil couchant ” fournit quatre fins de vers, grâce aux enjambements.

L’ensemble

………….. soleils
Couchants sur les grèves

apparaît, sans variante, deux fois sur seize pentasyllabes.

On comprend mieux en quoi consiste, dans les Poèmes Saturniens, la musique verlainienne, faite de récurrences à tous les niveaux de l’expression, de rimes intérieures, de ” pédales ” vocaliques qui soutiennent la strophe ou le poème.

120

” Une aube affaiblie
Verse par les champs
La mélancolie
Des soleils couchants
La mélancolie
Berce de doux chants
Mon coeur qui s’oublie
Aux soleils couchants
Et d’étranges rêves
Comme des soleils
Couchants sur les grèves
Fantômes vermeils
Défilent sans trêves
Défilent, pareils
A des grands soleils
Couchants sur les grèves “

(Soleils couchants)

641

L’oeuvre de Paul Verlaine vivra.

Pauvre et glorieux poète, qui, pareil au feuillage, a plus souvent gémi que chanté.

Malheureux ami que j’aimai toujours et qui ne m’a pas oublié !

Dans ton agonie, tu réclamais ma présence, et j’arrive trop tard, songeant que l’heure est peut-être proche en effet où je devrai obéir à ton appel.

Mais son âme et la mienne ont toujours espéré, que dis-je, ont toujours cru en un séjour de paix et de lumière où nous serons tous pardonnés, purifiés, – car qui donc aurait l’hypocrisie de se proclamer innocent et pur ? – et c’est là, en plein idéal, que je te donne rendez-vous et que je te répondrai :

Me voici.

611

Paul Verlaine

(1844 – 1896)

Prison

•janvier 24, 2009 • Laisser un commentaire

231

La vie a-t-elle un sens

Dans ce monde cloîtré

Où l’âme sans défense

Voit ses envies frustrées

Sur cette terre où tout se compose dans l’angoisse

On est cerné de tous les côtés en soi-même

Par la fusion de la vie et de la mort

Parfois les secondes sont des heures qui colorient ma douleur

Les rues vomissent les autos

Les bruits et les images sans comprendre

Les portes se referment sur la fraîcheur des appartements

Autour d’un plat que l’on partage à table dans le mutisme

Et sur l’écran les satisfaits gesticulent privés du son de leur parole

Avant d’assouvir le torrent de sottises dans le bruit

De paroles parler désormais dans ce monde

C’est imposer dans le bruit sans entendre

Sans écouter …

225

L’ombre de vos corps

Dessinent sur les murs

Aux yeux des miradors

Les plus libres injures

Sur un banc de pierre dans le flou d’une brume légère

Etrange clarté écartelant la nuit telle une lame froide

Eclat terrifiant, ce diamant, cette mer où hurle le silence …

Le soleil se trouble, la nuit indolente vente son antre

La lune obscurcie soudain amoindrie

L’idéal est un ciel !

369

Le crépuscule bouscule la lumière

Le rêve s’éteint

Quand les serrures grincent

Emportant le destin

De ceux que l’on évince

Le monde bouge à son propre rythme

Inflexible

Imperturbable

Et nous bougeons avec lui

Nous naissons

Et avec le temps nous devenons jeunes

Nous croyons tout savoir

Être intelligents

Géniaux

Des sages même

Alors qu’en réalité nous ne sommes que niais

Stupides

Vaniteux

Et couillons

Nous sommes de passage dans la vie et malgré tout

Nous la connaissons à peine …

100

Là où résonne un nom

Aux portes d’un parloir

Apportant l’illusion

D’une lueur d’espoir

Epatante falaise des pensées

Nomade, comme l’inutile intempérie du coeur

Une brusque nage me traverse

Mais pour quelle liberté ?

Je continue un passé

Je continue un futur

Le présent

Contraire à toutes les promesses

Tous les savoirs

Le présent s’est absenté

Il doit être a porté de souffle à toucher du doigt …

174

Honneur blessé

Où se jette dans la douleur

Un regard prisonnier

Vers un monde meilleur

1013

And this I dream, and this I dream

•décembre 13, 2008 • Laisser un commentaire

67<

When night fell, grace was given me
The sanctuary gates were opened
Shinning in the darkness
Nakedness bowed slowly

I waited for you yesterday since morning
They guessed you wouldn’t come
Do you remember the weather ? Like a holiday !
I went out without a coat

605

And sometime this I will dream again
And all will be repeated, all be re-embodied
You will dream everything I have seen in dream

J’enlumine les murs délabrés de mon corps

•octobre 20, 2008 • Laisser un commentaire

Je me lime les yeux à la chercher partout, je m’embrasse les pieds à courir à genoux …
Mettant mes sens, mon âme, mon corps en flamme … Plusieurs nuits blanches passées …
Je réveille les tiroirs de ma chambre à coucher et libère les espoirs des rêves emmitouflés …
Les mains caressent avec douceur les envies, de plaisirs !
Sensualité effleurante, transparente, exaltante, symbolique et symbiotique …
Tiroirs cassés succulent trésor bus de coeurs acidulés …

Je dompte le silence, l’oblige à m’écouter et j’use les heures vagabondes quelquefois trop pressées …
Mes yeux se ferment sur des larmes de pluies et mes mains se tendent sans cesse sur le vide …

… C’est curieux tout redevient calme …
Confessions de désirs bouillonnants, entre les cils baissés … C’est la nuit qui vibre sous les lignes d’un corps tout de soie habillé …

Tes yeux s’impriment pour un autre message, main dans ta main, comme à la première page …
Les lignes courent et mon âme s’évade …

J’enlumine les murs délabrés de mon corps

Salir mon infinie blancheur, je ne suis de ma plume que le complice, c’est elle qui, sur mes mots se glissent …

Pendant que ce sablier laisse couler ses grains …

Je te dessine dans mes rêves et un souvenir se glisse …
Je te dessine dans mes larmes et mon coeur se dévoile …
Je te dessine sur mes lèvres, pour te dire …

Tout en creux douloureux, tout en creux déserté, de l’épaule sans ta bouche, au feuillage fermé … De la hanche en dérive, sans ta main amarrée …
Tu m’es cri, tu m’es absence, tu m’es silence, tu m’es souffrance …
Tout en suave inventé, tout en vague échouée, de ta bouche fermée, sur nos baisers couchés, au lit froid du désert …
Tu m’es silence, tu m’es cri …

<

Noyade

•juin 29, 2008 • Laisser un commentaire

Cercle, toi qui englobe tout et qui pourtant
Est au fond du fond des cercles encerclant de mon être
Toi que je suis parti chercher, pensant naïf
Que tu me donnerais la clé permettant de classer
Cet ordonné désordre ordonnant moi
Tu t’es montré, fantôme imperceptible
Pour m’entraîner au fond du profond du tréfonds
Du fond innommable où je me suis fondu …

Je vogue au gré des cercles qui n’en finissent pas de tourner
Et je reviens toujours au même endroit
Je m’enlise. Les cercles se fond bouches
Ils tentent de m’avaler : je dérange ce désordre ordonné
Du simple fait de ma présence.
C’était eux, pourtant, qui m’avaient appelé !
A quoi bon te parler, cercle, tu n’existes pas
Et c’est cette inexistence même qui m’a perdu.

Je suis cet individu par tous ignoré
Mon seul désir est d’être par toi honoré.
Je suis bercé par une rivière de larmes
Qui prend sa source dans les sommets de ton charme …

Il fut une époque où l’on se croisait souvent
Où tu passais dans ma vie comme un coup de vent.
Combien de fois n’avais-je alors rêvé de toi !
Alors que mon coeur te cherche, mes yeux te voient.
Je ne t’ai pas aperçu depuis si longtemps !
Je finis par croire que je t’aime vraiment.

Visage de femme qui illumine ma nuit
Sur le chagrin poignant
Qui, de pleurs, l’habille …

Et je fus, un instant, coupablement troublé
De voir combien, pourtant, si bien se marient

La mort en robe noire
Et la lune argentée …

The edge of the green wave whitely doth hiss
Upon the wetted sand. I look, yet dream – sur le sable inondé. Je regarde rêveur. -
Surely reality cannot be this ! – le réel, n’en doutons pas, ne peut-être ceci ! -
Somehow, somewhere this surely doth but seem ! – en un sens, ceci n’est qu’apparence … -
The sky, the sea, this great extent disclosed … – le ciel, la mer, cette joie extérieure révélée -
Of outward joy, this bulk of life we feel
Is not something, but something interposed. – Ce poids de vie que nous éprouvons
N’est pas une chose mais un écran interposé.
Ce qui en ceci n’est pas ceci, cela seul est réel -
Only what in this is not this is real.
Si ceci existe pour avoir du sens, si être éveillé
Ne consiste qu’à voir ce grand sommeil lumineux des choses …
- If this be to have sense, if to be awake
Be but to see this bright, great sleep of things
For the rarerr potion mine own dreams I’ll take
And for truth commune with imaginings
- J’opterai pour le philtre plus rare de mes rêves
Et pour une vérité qui rejoint l’imaginaire. -

Voyant un songe trop amer – Holding a dream too bitter -
Une trop juste insulte – a too fair curse -

Dans le sommeil commun des hommes, dans l’univers …
This common sleep of men, the universe …

Etourdie, ma tête roule à l’ombre douce de tes mains
dans les colonnes primordiales de ton sang.

Mon amour, je t’appelle
je tourne dans l’insoutenable vertige
je meurs, cette nuit, dans l’aride fraternité des sables
parmi cette nuit pleines d’astres et de jardins.

Et de toi, lustrale, et de ta nudité nuptiale, mon amour
l’éblouissant soleil jamais ne s’éteindra …

Cécité

•mai 11, 2008 • Laisser un commentaire

Dans le silence de mes nuits,

Dans la nuit de mes jours,

Sans lueurs et sans bruits …

Et seule l’immensité du désespoir et du froid,

Qui m’étreint et m’effraie,

Eclaire de son plus sombre gris,

Le long et plat chemin du souvenir …

As the lone, frighted user of a night-road

Suddenly turns round, nothing to detect,

Yet on his fear’s sense keepeth still the load

Of that brink-nothing he doth but suspect ;

And the cold terror moves to him more near

Of something that from nothing casts a spell,

That, when he moves, to fright more is not there,

And’s only visible when invisible :

So I upon the world turn round in thought,

Ainsi je parcours le monde en pensée

Et, ne voyant rien, ne reprends pas courage

Tandis que ma terreur née d’une cause inconnue

Se réfugie dans ce vide éprouvé du corps

Et sauve mon sens de l’horreur du mystère

De ne pas voir en lui-même le mystère du mystère.

So I upon the world turn round in thought,

And nothing viewing do no seen cause got,

To that felt corporate emptiness forsake,

And draw my sense of mystery’s horror from

Seeing no mystery’s mystery alone.

Dans l’obscurité je cherche la lumière,

L’éclatante lumière, disparue pour toujours,

Tout ce que j’observe en ouvrant les paupières …

La nuit étoilée et la clarté du jour.

Je ne verrai plus le charme de tes yeux,

Mais j’entendrai ta voix douce, câline

Le frisson d’un baiser sur ta bouche divine …

Dans ma profonde nuit, tu es ma providence

Tes yeux seront les miens, jusqu’au bout du chemin …

” A tous les vents de l’air fit flotter mon enfance …

Et la feuille échappée aux arbres du rivage.

J’ai plus d’un souvenir profondément gravé,

Et l’on peut distinguer bien des choses passées

Dans ces plis de mon front que creusent mes pensées.

Tombé de lassitude au bout de tous ses voeux …

Comme un gouffre dans l’onde,

Mon âme où ma pensée habite comme un monde,

Tout ce que j’ai souffert, tout ce que j’ai tenté,

Tout ce qui m’a menti comme un fruit avorté,

Mon plus beau temps passé sans espoir qu’il renaisse,

Les amours, les travaux, les deuils de ma jeunesse,

Et, quoique encore à l’âge où l’avenir sourit,

Le livre de mon coeur à toute page écrit !

Si parfois de mon sein s’envolent mes pensées,

Mes chansons par le monde en lambeaux dispersées ;

S’il me plaît de cacher l’amour et la douleur

Dans le coin d’un roman ironique et railleur ;

Si j’ébranle la scène avec ma fantaisie,

Si j’entre-choque aux yeux d’une foule choisie

D’autres hommes comme eux, vivant tous à la fois

De mon souffle, et parlant au peuple avec ma voix ;

Si ma tête, fournaise où mon esprit s’allume,

Jette le vers d’airain qui bouillonne et qui fume

Dans le rythme profond, moule mystérieux

D’où sort la strophe ouvrant ses ailes dans les cieux,

C’est que l’amour, la tombe, et la gloire et la vie,

L’onde qui fuit, par l’onde incessamment suivie,

Tout souffle, tout rayon ou propice ou fatal,

Fait reluire et vibrer mon âme de cristal …

D’ailleurs, j’ai purement passé les jours mauvais,

Et je sais d’où je viens, si j’ignore où je vais.

L’orage des partis avec son vent de flamme,

Sans en altérer l’onde a remué mon âme.

Rien d’immonde en mon coeur, pas de limon impur

Qui n’attendit qu’un vent pour en troubler l’azur ! “

Victor Hugo

(Les Feuilles d’automne)

Juin 1830

Songes, rêves et visions

•mars 23, 2008 • 1 Commentaire

Les mots sont comme des étiquettes
Ou des pièces de monnaie, ou mieux, comme en essaim d’abeilles
Je dois vous avouer que je suis brisé par les sources des choses
Comme si les mots étaient comptés comme des abeilles mortes dans un grenier
De leurs yeux jaunes et de leurs ailes sèches

(Poèmes Sexton’s Transformations)

38.jpeg

Ange de douceur, ange de beauté
Tes yeux étaient immenses comme l’était ta beauté
Flamme de la vie, flamme éternelle tu seras
Tant que ce monde vivra

Moi c’est mon âme que je voudrais te donner
Pour t’offrir une seconde vie
Pour que tu sois soleil
Celle qui demeure à jamais éternelle

1022

Imaginez
Une musique se déverse dans le bon sens
Et d’une drôle de façon
Voir plus de musique
Se souvenir d’une première nuit

The night I came I dance a circle
And was not afraid
Mister ?

Juste une radio
Se souvenir d’une chanson

Just a radio
And the song that remember

(Music Swims Back To Me)

Ma bouche comme une fleur coupée
Avant aujourd’hui, mon corps était inutile
A présent, c’est le déchirement
Mes nerfs sont allumés

My nerves are turned on
My mouth blooms like a cut

(The Kiss)

Je me souviens
De l’arbre blanc de demain et du gui
Je me souviens du nom
J’ai besoin de vous
Moi, qui ne fut jamais tout à fait sûr
D’être une fille et le besoin d’être une autre

(La Double Image)

Juste une fois

And hurried my truth, the charm of it
And hoarded these constants into morning
Only to find them gone

(Just Once)

Anne Sexton
(1928 – 1974)

1411

En regardant les rues désertes
Tout ce que Anne peut voir
Ce sont des rêves qui deviennent réels

Elle se représente dans un verre brisé, elle se représente la vapeur
Elle se représente une âme
Dans la froide lumière du jour

Ici au beau milieu si vivante et seule
Les mots se soutiennent comme les os
Comme les os tiennent le corps en place

Tirant les feuilles de papier dans un tiroir qui glisse doucement
Extirpant l’obscurité, mot après mot
Confessant toutes les choses secrètes dans une boîte de velour
Rêvant à la tendresse

Dreaming of the secret things in the warm velvet box
Dreaming of the tenderness

(for Anne Sexton)

610

Tu étais
Ce parler résonnant exprimant la douceur
Cet écho jouant dans les errances

Tu étais
La sensibilité quand disparaît le sens des choses
L’ivresse palpitante d’un accord profond

Immensité sur le seuil de l’infini
Eclosion d’une fleur
Arpège de larmes
Pépites de mots
Sur le silence de l’âme

Sleeping Mind

•décembre 25, 2007 • Laisser un commentaire

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A mind quite narrow yet
A mind transmitting …
A mind tapping out the message you’ll not want to read
Pleasing yourself with my confusion.

How many masks wear we
Upon our countenance of soul
The true mask feels no inside to the mask
But looks out of the mask by co-masked eyes
Whatever consciousness begins the task
The task’s accepted use to sleepness ties
Our souls, that children are, being thought-losing
Get a whole world on their forgot causing

And, when a thought would unmask our soul’s masking
Itself goes not unmasked to the unmasking

We are born at sunset and we die ere morn
And the whole darkness of the world we know
How can we guess it’s truth, to darkness born
The obscure consequence of absent glow ?

Holding a dream too bitter, a too fair curse
This common sleep of men, the universe …

Le ciel dans sa nudité, persiste à me retracer les modulations de cet appel
Mon âme peine au loin
Le souvenir durcit de noir les portes

Le vent du ciel m’ébranle en la plus solennelle paupière.

Nul esprit, tant la nuit s’avère maudite et lourde et pleine de glaçons funèbres …

Je tourne dans l’insoutenable vertige
Je meurs, cette nuit, dans l’aride fraternité des sables, parmi cette nuit pleine d’astres et de jardins

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