Propos & Détours

Just another WordPress.com weblog

Je me voulais événement …

Je m’imaginais partition.
J’étais gauche.
La tête de mort qui, contre mon gré, remplaçait la pomme que je portais fréquemment à la bouche, n’était aperçue que de moi.
Je me mettais à l’écart pour mordre correctement la chose.
Comme on ne déambule pas, comme on ne peut prétendre à l’amour avec un tel fruit aux dents, je me décidais, quand j’avais faim, à lui donner le nom de pomme.
Je ne fus plus inquiété. Ce n’est que plus tard que l’objet de mon embarras m’apparut sous les traits ruisselants et tout aussi ambigus de poème.

215

… Mais je dois revenir quelque peu en arrière …
Je suis toujours enfant, je dessine avec soin de longs chemins de fer et des bateaux dansant sur la vague accentuée ainsi qu’un vol de mouettes autour du sémaphore et des châteaux carrés munis de leur girouette, des soldats et des forts.

A cette époque, je suçais des bonbons pendant que mon père aux prospères finances accumulaient des bons de Panama du trois pour cent de l’emprunt russe et du Crédit Foncier, préparant des revers conséquences de la Russie et du quat’sous papier.
Mon frère un peu plus âgé barbotait dans la caisse.
On m’apprit la morale et les bonnes façons.
Je respectais toujours cette loi familiale et connus les boxons.

191

Il faut que je me souvienne …

Lorsque enfant j’étais enfant, je marchais les bras ballants, je voulais que le ruisseau soit rivière et la rivière fleuve, que cette flaque soit la mer.
Je ne savais pas que j’étais enfant, tout pour moi avait une âme, et toutes les âmes étaient une.
Je n’avais d’opinion sur rien, je n’avais pas d’habitudes, je m’asseyais en tailleur, démarrais en courant, j’avais une mèche rebelle et ne faisais pas mine quand on me photographiait.

229

Lorsque j’étais enfant se fut le temps des questions suivantes : pourquoi suis-je moi, et pourquoi pas toi ? Pourquoi suis-je ici, et pourquoi pas là ? Quand a commencé le temps, et où finit l’espace ?

La vie sous le soleil n’est-elle pas qu’un rêve ?

58

Je ne vous vois pas, mais je sais que vous êtes là.

Ce que je vois, entends, sens, n’est-ce pas simplement l’apparence d’un monde devant le monde ?
Le mal existe-t-il vraiment, et des gens qui sont vraiment les mauvais ?
Comment se fait-il que moi, qui suis moi, avant de devenir je n’étais pas, et qu’un jour moi, qui suis moi, je ne serai pas ce moi que je suis ?

404