Pile ou Face
Je marche entre les gouttes de pluie, où ? Je ne sais pas.
Je marche sur un fil métallique au milieu d’un cirque.
Je suis debout, impassible, comme irradié.
Je prends des ciseaux et je découpe mon nom.
Quelque temps après, sur un parking, j’ai l’intention de me tirer une balle, mes yeux fixent un building, et je pense sauter …
Je dors longtemps, puis un rêve, non un cauchemar. Je sens bien que je suis couché et que je dors … Je le sens et je le sais … Et je sens aussi que quelqu’un s’approche de moi, me regarde, me palpe, monte sur mon lit, s’agenouille sur ma poitrine, me prend le cou entre ses mains et serre … De toute sa force pour m’étrangler.
Moi, je me débats, lié par cette impuissance atroce qui me paralyse dans les songes ; je veux crier, je ne peux pas ; j’essaie avec efforts, en haletant, de me tourner, de rejeter cet être qui m’écrase et qui m’étouffe, je ne peux pas !
Je m’éveille, affolé, couvert de sueur. J’allume. Je suis seul.
Un frisson me saisit soudain, non pas un frisson de froid, mais un étrange frisson d’angoisse. Je ferme les yeux. Pourquoi ? Je rouvris les yeux ; les arbres dansaient, la terre flottait …
Une nuit, j’ai senti quelqu’un accroupi sur moi, et qui, sa bouche sur la mienne, buvait ma vie entre mes lèvres. Oui, il la puisait dans ma gorge, comme aurait fait une sangsue. Puis il s’est levé, repu, et moi je me suis réveillé, tellement meurtri, brisé, que je ne pouvais plus remuer.
Toutes ces secondes, quand je tremble me quittent en frissonnant pendant des jours.
Je ne peux plus rester ici … Toute la vie. Il ne me reste que l’amour ?
Les rues sont comme des champs qui ne meurent jamais, et les jours sont clairs, remplis de tristesses …
Le futur est incertain et la fin toujours proche, en attendant le soleil … Là, je jette une pièce en jouant à pile ou face. Des chiens errent les rues, ils se couchent sur les trottoirs et mendient un sucre ! Du sang dans les rues, du sang qui monte et me suit, du sang qui ruisselle dans mon cerveau.
Je erre si tard dans la nuit et dans le vent, c’est peut-être la douleur de l’écrivain ?
Comme un dôme de verre multicolore, la vie ternit la blanche splendeur de l’éternité. Toutes les couleurs me rendent heureux : même le gris. Mes yeux sont tels qu’ils prennent littéralement des photographies. Et puis la nuit noire. Et puis la nuit blanche. Je me sens dispersé à travers l’espace, à travers le temps : un pied sur la cime d’une montagne, une main sous les cailloux d’un cours d’eau.
Je suis corrompu, terrifié, fasciné de l’émerveillement qui s’attarde et la honte qui demeure.
D’autres hommes meurent ; mais moi, je ne suis pas un autre ; donc je ne mourrai pas.
L’espace est un essaim dans l’oeil ; et le temps un tintement d’oreilles.
Dans cette ruche je me trouve enfermé.
Sur les bords de ces pages …
Je parle
Tu parles
Comme une étoile
Nous conjuguons la nuit
Partir ! Mais pour voir quoi ?
Partir ! Pour aller où ?
Rester ! Pour vivre quoi ?
Rester, c’est être fou
Plusieurs nuits blanches passées … Inspiration, en attente d’une illumination !
Un délice fruité fond en une bouchée, épousant ce charnel à l’antre des voleurs …
Images, délicatesses, engouements et …
Avalant goulûment ces mouvantes richesses …
Les mains caressent avec douceur des envies … De plaisirs !?
A la sensualité effleurante, transparente … Exaltante
Symbolique et symbiotique
Tiroir cassé
Succulent trésor de coeur acidulé …
Imprévisible vision, stupeur du corps âme …
La pointe le fil des mots et l’ambroisie du silence
Mais sublimes reconnaissances invivables bains de rondes d’illusion de figures passions …
L’encre sourd frissonne le mot tremble les paupières, rompent les amarres bouillonnent les sangs.
Et le monde ouvre un oeil !
Voilà mon poème est fini, et je peux me moquer, en longeant les bords de ces pages
Du succès, des honneurs et des richesses …
Leurs suffrages sont-ils vraiment de longue durée ?
Arabesques
La distance du temps est un miroir
Enfoui dans le coeur et la mémoire …
Même si la vie est un cheval qui s’enfuit dans cet océan de souvenirs
Il me reste les larmes au bout de mes cils
Au goût étrange des marées salins
Et aux parfums subtils des algues marines
Les souvenirs ne meurent jamais, ils vivent éternellement
Aux reflets d’or et de lumière
Dans mes images sans sommeil …
Le temps s’est enfui, à l’ombre des noyers
Comme un chien sans grelot
Mais chien de sang ne perd la trace
Chien de sang est mon souvenir
Souvenir n’est point feuille morte
Souvenir est couteau planté …
Triste souvenir passé dort pour toujours
Se dépose dans mon rêve tel du velours
Paradis perdu

De fièvreuses sybilles vêtues d’organdi
Rose, accablantes fleurs que l’aube martyrise
Présageaient ce désastre et la chose incomprise
Avant d’avoir vu, l’atteste un cerne grandi !
Maint faune en son royaume, le sceptre brandi
Vers les seins polis dont nul songe cicatrise
Et vers les bras légers insoucieux de traîtrise
S’élançait sous la lune au silence arrondi
Tout se tait, tout s’oublie si soudain au délice
Des jeunes paresses ! Mais j’ai bu au calice
Nu de l’âme exquise qui n’a pas même ri
Et l’étincelante nuit dans ses yeux pensive
Initiant aux ombres ma douleur attentive
Mais le pli de sa lèvre où le rire a fleuri

Absence
Le bol est vide où tu buvais
Le mal lavé et souillé
Perdu dans la pitié
Un quatorze février
Le jour à ne pas oublier
Si l’on ne veut pas se disputer
Quelquefois j’évite de pleurer
Douce Colombe ne pense qu’à s’envoler
Avant de s’envoler
Pour un autre horizon
Pour échapper au monde d’en bas
Jusqu’au plus profond
Jamais l’horizon !
J’ai compris son message
Je vais tourner la page
Un autre regard
Sur la page
Secret de Femme
Image d’ardeur et de beauté
Force impulsive et généreuse
Stimulant de l’être, de l’oeuvre
Eveil du désir, attrait de l’interdit
Essence féminine au pouvoir vitalisant
Invite et se rebiffe sous les pas enchantés
Du mystère vital caché …
Ventre où vie et mort
Se transmutent l’une à l’autre
Sang et rejet frappant toutes femmes
Passant de la nuit utérine … Au jour
Symbolique accomplissement
De retraite purificatrice …
Fût-ce pour une juste cause
Interdit étendu à tout homme
Pour avoir osé des erreurs passées
Versé le sang d’autrui …
Nymphe aux pouvoirs démesurées
Dans sa robe du soir disparaît
Bercée de vérités illusoires …
Regret de la lucidité

Sous les impénétrables racines de la vie
Les êtres se divisent et se détachent lentement
Ils se soulèvent, volent, et flottent dans l’espace
S’étouffent et tentent d’immobiliser l’oxygène
Des hommes agonisent, rigides dans leurs gestes
Des hurlements haineux se faufilent dans les rues
Harcelant ses victimes et les déchirant férocement
Les fugitifs soulèvent, par des pas amers, la poussière
Et les lamentations transforment les voix ronflantes
L’amour surplombe la folie poreuse de la violence
Mais les tourments meurent dans le clair-obscur
Vaincre la souffrance, échapper à cette fatalité
Pour enfin avouer son bonheur et tuer cette honte
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